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Legs du Réseau canadien de l’eau

Les municipalités orientent les priorités nationales de la recherche sur l’eau

En 15 ans, le Canada a transformé de façon spectaculaire sa stratégie de recherche sur l’eau, ce qui s’avère une bonne chose pour les municipalités, qui doivent assumer des coûts astronomiques pour mettre leur infrastructure à niveau et respecter les normes rigoureuses en matière de gestion de l’eau potable et des eaux usées.

Il y a 15 ans, les responsables des eaux municipales comptaient essentiellement sur les chercheurs de leur université locale pour obtenir des conseils d’expert sur les questions de qualité de l’eau potable et de traitement des eaux usées. Mais cette façon de faire avait des limites : aucune université ne possédait une expertise sur tous les aspects de la gestion de l’eau et les chercheurs avaient tendance à se concentrer principalement sur leur domaine.

Comme les temps ont changé! Aujourd’hui, les municipalités ont accès à plus de 120 chercheurs et 160 étudiants de cycle supérieur dans 40 universités, ainsi qu’à plus de 150 autres parties prenantes de l’industrie, du gouvernement et des organisations non gouvernementales, qui forment ensemble le Réseau canadien de l’eau (RCE). Ce réseau joue un rôle de catalyseur en reliant les bonnes personnes aux meilleures données pour attaquer les problèmes concrets de la gestion de l’eau.

Photo: Halifax Regional Water Commission

Photo : Halifax Regional Water Commission

« Avant, nos relations internationales étaient meilleures que nos relations nationales, notamment grâce à des groupes tels que la Water Research Foundation de Denver (Colorado), explique le directeur général de la Halifax Regional Water Commission, Carl Yates. Aujourd’hui, nous collaborons avec les universités des quatre coins du Canada. Nous observons aussi une augmentation du réseautage et de la collaboration entre chercheurs et entre praticiens municipaux de toutes les provinces. Cette pollinisation croisée de l’expertise a changé notre façon de régler les problèmes. »

Le RCE a été établi en 2001 pour trouver des solutions concrètes et économiques qui aident les décideurs à mieux gérer les plus grands défis du pays en matière de gestion d’eau : protéger la santé publique, gérer le déficit d’infrastructure grandissant (actuellement estimé à 80 milliards de dollars) et réduire les effets environnementaux du développement et de la demande grandissante en ressources.

Avant l’établissement de ce réseau, la recherche sur l’eau menée au Canada souffrait d’un manque de coordination entre les établissements, les disciplines et les secteurs. Dans la plupart des cas, elle était dirigée par des chercheurs universitaires plutôt que les utilisateurs finaux qui sont aux premières lignes. Grâce au modèle du RCE, ce paradigme a commencé à changer : désormais, les décideurs qui sont chargés de mettre les résultats de la recherche en pratique, y compris les responsables des eaux municipales, les responsables des politiques et les dirigeants de l’industrie, s’assoient avec les chercheurs universitaires pour établir les priorités. Les parties prenantes travaillent ainsi en collaboration et avec transparence pour partager les fonds, l’expertise, la recherche et les solutions.

« Le RCE joue le rôle d’un courtier indépendant national et crédible qui met l’accent sur les travaux scientifiques pertinents et réalisables, indique la directrice exécutive du RCE, Bernadette Conant. Son rôle est de comprendre les besoins collectifs des utilisateurs finaux et de faire en sorte que la recherche réponde à ces besoins. Il offre à tous les paliers de gouvernement des travaux de recherche et des conseils qui les aident à améliorer leurs politiques et leurs pratiques de gestion des ressources en eau. »

La pire contamination à la bactérie E. coli qui soit survenue au Canada s’est produite à Walkerton (Ontario) en 2000 et a fait sept morts et des milliers de malades. Elle a profondément conscientisé les Canadiens au sujet de l’importance d’avoir accès à une eau potable sûre et mis en lumière la complexité et la vulnérabilité de nos réseaux d’alimentation en eau et des processus en place pour les gérer.

Le gouvernement provincial a réagi à l’incident de Walkerton en adoptant de nouvelles normes rigoureuses pour l’eau potable, mais les propriétaires de réseau et les consultants de l’industrie ont exprimé des préoccupations quant aux lignes directrices connexes, qu’ils trouvaient difficiles à interpréter et pas toujours basées sur les données scientifiques les plus récentes. C’est pourquoi le RCE a réalisé des travaux qui ont mené à l’élaboration de lignes directrices faciles à comprendre, afin d’aider les municipalités à se baser sur les meilleures données scientifiques disponibles pour trouver des moyens économiques de se conformer à la nouvelle législation.

« Presque tout ce que fait le RCE vise à aider les décideurs à établir la priorité de leurs mesures et de leurs investissements, afin de protéger la santé du public et de l’environnement », résume Mme Conant.

C’est d’ailleurs ce qui s’est passé lorsqu’une équipe de chercheurs du RCE, qui était dirigée par Michèle Prévost à l’École Polytechnique, a découvert que les pratiques de construction employées pour réduire le risque de contamination de l’eau potable au plomb avaient en réalité l’effet contraire.

« Le RCE a le courage de financer des travaux sur le terrain vraiment difficiles, ajoute Mme Prévost. Les travaux de ce type ne mènent pas toujours à la publication de communications scientifiques comme c’est le cas pour les expériences en laboratoire, mais les résultats sont directement utiles aux services publics pour protéger la santé des citoyens. »

Les résultats de ce projet ont servi à créer de nouveaux protocoles d’échantillonnage pour les ministères de l’Environnement de l’Ontario et du Québec et à élaborer un guide de Santé Canada sur la corrosion. Ils ont aussi incité plusieurs villes canadiennes, dont Toronto, Montréal et Halifax, à changer leur méthode de remplacement de l’infrastructure vieillissante.

Avant le projet du RCE, les villes faisaient le remplacement partiel des conduites en plomb. Pour ce faire, elles devaient enlever les conduites qui leur appartiennent, c’est-à-dire la portion qui se trouve entre la conduite principale et celle de chaque propriété privée. Or, les chercheurs ont découvert que le fait de creuser sous la rue avait souvent pour effet de déloger les particules de plomb toxiques dans les conduites et que ces particules se mêlent ensuite à l’eau du robinet pendant de courtes périodes. Les enfants sont particulièrement vulnérables à l’intoxication au plomb, qui peut causer des troubles d’apprentissage et toute sorte de malaises physiques.

« Après notre découverte, Halifax et de nombreuses autres municipalités du Canada ont rapidement entrepris de changer leurs politiques, relate M. Yates, qui fait partie du conseil d’administration du RCE. Ici, à Halifax, on a décidé soit de faire le remplacement complet, soit de ne rien faire – il n’y a plus de remplacements partiels. Cette question chaudement débattue a été réglée grâce aux travaux de recherche du RCE. »

La Ville de Toronto a revu son plan de remplacement de 65 000 conduites en plomb et adopté un programme de réduction du plomb plus économique et efficace. « La Ville de Toronto a mis en place un programme très vigoureux pour retirer toutes les conduites en plomb de son réseau, explique le directeur général des Services de génie et de construction de la Ville de Toronto, Michael D’Andrea. Nous avions estimé à 250 millions de dollars le coût de remplacement des 65 000 conduites en plomb sur une période de neuf ans. Les travaux de Mme Prévost nous ont vraiment forcés à revoir tout le programme. »

Les utilisateurs de la recherche au premier plan

Fort de ses réussites antérieures, le RCE délaissera son rôle de réseau de centres d’excellence pour adopter celui d’une organisation de mobilisation des connaissances sur l’eau qui sera appuyée par de multiples partenaires de tous les secteurs. À titre de conseiller expert du Canada et de gestionnaire de confiance des investissements dans les connaissances sur l’eau à des fins d’innovation, il continuera de coordonner les interventions des secteurs public et privé basées sur des données probantes dans le domaine de l’eau. Il saura où et comment présenter des faits pour éclairer les décisions importantes. En outre, il se concentrera sur les principaux problèmes du Canada qui peuvent être réglés grâce à une meilleure gestion de l’eau, par exemple les villes bleues ayant une capacité d’adaptation, l’énergie et les ressources, l’agriculture, ainsi que les petites collectivités et les collectivités autochtones. Un grand nombre de ses activités actuelles se poursuivront dans le cadre de nouveaux consortiums dirigés par les utilisateurs de la recherche.

En 2009, le RCE a créé un tel groupe, le Consortium sur les eaux urbaines au Canada (CEUC), où ce sont les utilisateurs finaux qui prennent les commandes pour ce qui est d’établir les priorités de la recherche, de financer des projets et de modifier les politiques et les pratiques à l’échelle locale, provinciale et nationale. En 2014, le CEUC a formé un groupe de leadership afin d’assurer la durabilité de son financement. Les leaders représentent actuellement 12 municipalités qui, collectivement, servent 14 millions de Canadiens.

L’un des projets du CEUC consiste à revoir les courbes d’intensité, de durée et de fréquence, outils d’ingénierie qui aident les collectivités à concevoir des systèmes de drainage des eaux pluviales pouvant résister à des orages plus fréquents et plus intenses comme ceux qui ont causé des inondations catastrophiques à Toronto et à Calgary en 2013.

« Au lieu de rester chacun dans son coin à faire sa petite affaire, nous finançons maintenant une stratégie commune qui comporte des buts communs, affirme M. Yates. Nous mettons l’accent sur les résultats scientifiques concrets qui nous en donnent le plus pour notre argent. »

Le RCE appuie l’établissement d’autres consortiums de recherche dirigés par les utilisateurs finaux, dont un qui s’intéresse aux agents pathogènes dans l’eau souterraine et un autre, aux bassins versants. L’ancien directeur scientifique du RCE, Kelly Munkittrick, qui a dirigé le consortium sur les agents pathogènes, soutient que le modèle a amélioré la recherche et les pratiques dans le domaine de la gestion de l’eau au Canada.

« Les municipalités et les autres partenaires ne participent à ces initiatives et ne les financent que s’ils ont l’impression qu’elles sont vraiment utiles et c’est ce qui se passe, conclut M. Munkittrick, qui travaille maintenant avec les utilisateurs finaux du secteur des sables bitumineux. L’un des legs du RCE est d’avoir mobilisé toutes les parties prenantes dès le début. Il a renforcé la capacité du Canada de régler les problèmes de façon plus cohérente et rapide que jamais auparavant. »