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Le réseau MEOPAR à la tête d’une initiative nationale visant à clarifier les risques de l’acidification des océans

À l’occasion du Forum d’experts de l’acidification des océans de MEOPAR, le directeur scientifique adjoint de MEOPAR, Ronald Pelot, lance la discussion avec Ken Denman (University of Victoria; président du Comité de coordination de l’acidification des océans de MEOPAR) et Janet Newton (directrice administrative, Northwest Association of Networked Ocean Observing Systems; membre du Comité consultatif scientifique international de MEOPAR).

Alors que le monde se prépare à débattre la question des changements climatiques à l’occasion de la conférence des Nations Unies qui se déroulera à Paris en novembre, le Marine Environmental Observation Prediction and Response Network (MEOPAR) espère que les parties ne perdront pas entièrement de vue « l’autre problème associé au CO2 » : l’acidification des océans.

Souvent ignorée par la presse et le grand public, la préoccupation à l’égard de l’acidification des océans s’intensifie depuis une décennie chez les chercheurs et les intervenants de l’industrie de la pêche. À la suite de découvertes liant l’acidification à la santé des écosystèmes et aux taux de mortalité d’espèces qui ont une importance économique, le réseau MEOPAR a fait un pas en avant en présentant de nouveaux projets ambitieux sur l’acidification des océans et un plan national pour l’avenir.

« Le thème de l’acidification des océans s’inscrit naturellement dans notre plan stratégique, explique Douglas Wallace, directeur scientifique de MEOPAR, et comme notre réseau réunit des groupes des quatre coins du pays – l’industrie, le milieu universitaire et le secteur public –, nous sommes bien placés pour lancer le premier programme national de recherche sur l’acidification des océans du Canada. »

L’acidification des océans résulte de l’augmentation des niveaux de dioxyde de carbone (CO2) dans l’atmosphère. Plus d’un quart du CO2 excédentaire se dissout dans les océans, ce qui en augmente l’acidité et cause des problèmes aux organismes marins qui fabriquent leur coquille, des huîtres du Pacifique aux homards de l’Atlantique et au plancton qui soutient le réseau trophique des océans. La coquille de nombreux organismes est composée de carbonate de calcium, et cette armure pourrait être détruite par l’eau de mer de plus en plus acide.

En outre, l’acidification réduit la disponibilité des ions de carbonate – les composants de base de la coquille et du squelette d’une variété stupéfiante d’organismes marins. « Les eaux plus acides réduisent la quantité de ces composants, poursuit la chercheuse Karen Kohfeld de la Simon Fraser University, une coordonnatrice du projet. Leur concentration peut compromettre la survie et la santé des organismes juvéniles. »

Même si l’acidification est un problème mondial, ses effets se font ressentir localement, dans des écosystèmes, des collectivités côtières et des économies spécifiques. Ainsi, depuis une décennie, on a observé dans les écloseries d’huîtres des états de l’Oregon et de Washington – les moteurs de l’industrie des mollusques et crustacés de la côte Ouest d’une valeur de 111 millions de dollars – une augmentation soudaine des décès chez les jeunes huîtres et une réduction du nombre d’adultes, qui sont également plus petits et en moins bonne santé. Travaillant avec des scientifiques pour surveiller la composition chimique de l’eau près de leur ferme, les conchyliculteurs ont constaté que ces problèmes coïncident avec la remontée d’eaux acides plus profondes à des périodes cruciales pour le développement des huîtres.

Il est plus difficile d’assurer la durabilité de la conchyliculture en raison du plus grand nombre de modifications requises pour s’adapter aux conditions plus acides. Les collectivités côtières du Canada sont confrontées aux mêmes risques. « Il est évident que la circulation des eaux et la dissolution du CO2 ne s’arrêtent pas aux frontières, souligne Janet Newton, codirectrice du Washington Ocean Acidification Center, directrice régionale (nord-ouest) de l’Integrated Ocean Observing System des États-Unis et membre du Comité consultatif scientifique international de MEOPAR. Nous devons tenter de comprendre collectivement le milieu marin. »

Le Canada est bordé par trois océans et possède le plus long littoral du monde; cette immensité du territoire complique les efforts requis pour surveiller les changements qui se produisent dans ses eaux. « Le problème de l’acidification de l’océan varie selon les régions. Quelques travaux de recherche individuels ont été réalisés sur ce sujet, mais ils n’étaient pas reliés, déclare M. Wallace. Il faut un réseau pour encourager et aider les groupes à coordonner leurs activités afin que les travaux de recherche soient plus percutants. »

Évaluer comment les espèces importantes sur les plans économique et culturel réagiront au changement d’acidité est un problème encore plus complexe qui préoccupe les 81 000 Canadiens qui vivent de la pêche, de la transformation et de l’élevage de poissons et de mollusques et crustacés. Récemment, pendant un atelier d’une journée sur l’acidification des océans qui a été organisé dans le cadre du forum des pêcheurs de 2015 qui s’est déroulé à Antigonish en Nouvelle-Écosse et qui était parrainé par MEOPAR et des partenaires américains, les pêcheurs de homards ont exprimé leur inquiétude au sujet de leur industrie. Les pêcheurs et les éleveurs de poissons à nageoires se tournent aussi vers les chercheurs pour savoir comment des espèces telles que le saumon de l’Atlantique pourraient réagir au stress causé par des eaux plus acides.

Devant ce problème complexe et coûteux, MEOPAR est une force de convergence. Le Comité de coordination de l’acidification des océans du réseau tente de cerner les lacunes de la recherche et de les combler de façon stratégique en réunissant des universitaires, des organismes gouvernementaux et des représentants de l’industrie. En lançant d’importants projets de collaboration avec Pêches et Océans Canada et en coordonnant le déploiement de l’équipement et des équipes de recherche partout au pays, MEOPAR s’assure que ces travaux auront les plus grandes retombées possible.

Certaines activités, par exemple le Forum des experts de l’acidification des océans de 2015 qui s’est déroulé à Victoria, ont été essentielles à l’orientation de ces travaux et ont impressionné le monde entier. « Le réseau MEOPAR ne s’est pas contenté de réunir les bonnes personnes – des représentants de l’industrie, du gouvernement et des Premières Nations et pas seulement des scientifiques; il leur a demandé de diriger les discussions et de participer à des séances en petits groupes pour qu’ils apprennent à se connaître et qu’ils s’informent mutuellement, ajoute Mme Newton. MEOPAR a tapé dans le mille avec cette stratégie qui est un facteur important de son succès. »

L’échange d’information a contribué à atténuer les effets de l’acidification des océans sur les écloseries d’huîtres du Pacifique, et les chercheurs de MEOPAR tentent de trouver des applications pratiques similaires pour leurs travaux. Mme Kohfeld de la Simon Fraser University, en Colombie-Britannique, coordonne le travail d’une équipe de chercheurs et d’utilisateurs tels que les pêcheurs et les collectivités locales pour comprendre les changements chimiques qui se produisent dans les eaux côtières et leurs risques socioéconomiques. À la Dalhousie University sur la côte Atlantique, Helmuth Thomas veut savoir si l’acidification touchera certaines régions ou espèces plus que d’autres et les répercussions qu’elle aura sur la gestion des pêches. En intensifiant les activités de surveillance et en comparant les observations rigoureuses aux données collectées pendant de nombreuses années, il espère établir des tendances à long terme en se basant sur les changements chimiques qui se produisent à court terme dans les océans.

Katja Fennel et ses collègues de la Dalhousie University combinent les observations sur le terrain à de puissants modèles climat-océan pour prédire comment la composition chimique et les écosystèmes des océans changeront au cours des futures décennies. « Nous voulons avoir une idée de ce qui attend les aquaculteurs et les pêcheurs de notre région », explique Mme Fennel.

Selon Mme Newton, l’une des plus grandes forces du réseau MEOPAR est de mettre l’accent sur la mobilisation des connaissances issues des observations et des prévisions. « Il est important de commencer par collecter des données, explique‑t‑elle. Mais le fait que le réseau ait été capable de les convertir en produits tels que des cartes et des outils qui ont été utiles au grand public, aux décideurs, à l’industrie et aux Premières Nations dans le cadre d’autres initiatives a été un facteur déterminant. Il sera essentiel de faire la même chose pour l’acidification des océans. »