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Des médicaments dans notre eau
Des équipes de l'Union européenne se joignent à des chercheurs du RCE pour étudier les risques

Des chercheurs européens et canadiens espèrent mettre à la disposition de leurs organes de réglementation respectifs les données dont ils ont besoin pour évaluer les risques posés par les produits pharmaceutiques dans notre eau.

Quel danger exact représentent pour l'environnement et la santé la quantité et la variété croissantes des antidépresseurs, des antibiotiques et des autres produits pharmaceutiques présents dans nos approvisionnements en eau?

« C'est devenu la question de 60 millions de dollars, n'est-ce pas? », dit Chris Metcalfe, un chercheur du Réseau canadien de l'eau (RCE) à l'Université Trent, à Peterborough (Ontario).

M. Metcalfe travaille avec une douzaine de chercheurs universitaires et gouvernementaux de partout au Canada à un projet triennal piloté par l'Union européenne. Le projet ERAPharm (évaluation des risques environnementaux posés par les produits pharmaceutiques) fait appel à l'expertise combinée de 14 partenaires de 7 pays européens. Le Canada, par l'entremise du RCE, est le seul pays non européen à y participer.

Selon M. Metcalfe, pouvoir compter sur une organisation nationale comme le RCE facilite la participation des chercheurs canadiens à des études internationales. « Pour moi, mettre sur pied un consortium de recherche n'a pas autant de prestige que de travailler sous l'égide du RCE », explique M. Metcalfe. « Le RCE procure de la crédibilité et constitue un mécanisme qui nous permet de concentrer nos activités de recherche dans un cadre national. »

Pour Thomas Knacker, coordonnateur d'ERAPharm à Florsheim (Allemagne), l'existence d'un centre d'excellence national « permet de faire en sorte que l'interaction soit possible avec un grand nombre de collègues canadiens ».

Pareille structure donne également aux chercheurs canadiens – et en bout de ligne aux organes de réglementation canadiens – la possibilité d'apprendre des pays européens, qui possèdent une plus longue expérience de l'étude des produits pharmaceutiques dans l'eau.

« Les produits pharmaceutiques dans l'environnement représentent un problème pour tous les pays dits industrialisés. Comme les ressources destinées à la recherche sont limitées, il est logique de coordonner cette activité entre les continents, dit M. Knacker. « Cette façon de faire est aussi importante pour les industries actives au niveau mondial, qui bénéficieraient de régimes harmonisés d'évaluation des risques environnementaux. »

L'Allemagne, la France, le Danemark, le Royaume-Uni, la Suisse, les Pays-Bas, l'Espagne et le Canada participent à l'étude ERAPharm, qui vise à améliorer la base scientifique et les méthodes pour évaluer les risques potentiels que les produits pharmaceutiques d'usage humain et vétérinaire représentent pour l'environnement. L'étude recommandera aussi comment les autorités réglementaires de l'Union européenne peuvent mieux évaluer les risques que les produits pharmaceutiques posent pour la santé des poissons, de la faune et des humains.

Les résultats seront pertinents pour le Canada au moment où le gouvernement fédéral étudie des approches pour réglementer et évaluer les composés pharmaceutiques. Les organismes provinciaux bénéficieraient également d'un processus d'évaluation des risques sur mesure pour les produits pharmaceutiques.

Des analyses au Canada et dans d'autres pays ont confirmé que les lacs, les ruisseaux et même l'eau potable contiennent d'infimes quantités de médicaments qui passent dans la plomberie de nos domiciles pour se retrouver dans les égouts. Une fois traitées, les boues résiduaires sont couramment utilisées comme fertilisant sur les sols agricoles. Les antibiotiques et les hormones de fertilité injectés au bétail renforcent encore ce mélange bioactif.

« Nous savons que ces composés trouvent leur chemin hors des usines de traitement des eaux usées et des exploitations agricoles à grande échelle », dit M. Metcalfe, qui enseigne en gestion de l'environnement et des ressources à Trent. « Les composés en question se retrouvent dans l'eau de surface et parfois dans l'eau potable. Ce qu'il nous manque, c'est de pouvoir évaluer le risque – trouver si de faibles concentrations de ces composés peuvent avoir un effet sur l'environnement ou la santé humaine. »

Les dangers, le cas échant, ne sont pas clairs. Les concentrations dans l'eau sont faibles – quelques parties par milliard ou billion des ingrédients actifs présents dans les antidépresseurs, les pilules anticonceptionnelles, les bêta-bloquants, les antibiotiques et d'autres médicaments d'usage courant. Les effets à long terme, cependant, sont inconnus.

L'équipe de recherche canadienne contribue à deux études. Dans la première, des chercheurs d'Environnement Canada, de l'Université d'Ottawa, de l'Université de Waterloo, de l'Université de Guelph et de l'Université Trent examinent les effets du Prozac sur le poisson. Dans l'autre, M. Metcalfe et des chercheurs d'Agriculture et Agroalimentaire Canada et de l'Université de York au Royaume-Uni étudient l'écoulement des produits pharmaceutiques à partir des boues d'épuration épandues sur les sols agricoles.

Selon Alistair Boxall, qui se spécialise en chimie de l'environnement à l'Université de York, le Canada apporte de précieuses compétences scientifiques au projet, en particulier une capacité d'analyse des produits pharmaceutiques dans les matrices environnementales, de l'expérience dans la conduite de vastes études multidisciplinaires sur le terrain et une expertise en écotoxicologie.

« En mettant en commun nos ressources et notre expertise, nous sommes en mesure de faire beaucoup plus que nous le pourrions chacun de notre côté », affirme M. Boxall. « J'espère que la collaboration actuelle débouchera sur des relations plus durables à l'avenir. »

À la fin du projet ERAPharm, les chercheurs auront des données plus détaillées sur quatre composés : l'ivermectine (antiparasitaire administré aux animaux de ferme), l'aténolol (bêta-bloquant utilisé pour traiter l'arythmie cardiaque chez les humains), la ciprofloxacine (antibiotique) et la fluoxétine (l'ingrédient actif du Prozac).

« L'Union européenne est un chef de file mondial de l'établissement de lignes directrices pour l'évaluation des risques des produits pharmaceutiques », dit M. Metcalfe. « Le Canada commence seulement à s'attaquer à toute cette question, si bien que nous avons beaucoup à apprendre en étant partenaires des Européens dans ce domaine. »

www.cwn-rce.ca

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