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Responsables de près de 40 000 kilomètres carrés de forêt, les Premières nations comptent parmi les intendantes les plus importantes des ressources naturelles du Canada. La recherche d'un équilibre entre le potentiel économique de la forêt et le mode de vie traditionnel d'un peuple est au coeur d'un projet de recherche concerté en Alberta.
La nation crie de Little Red River du nord de l'Alberta se trouve confrontée à une situation difficile. L'exploitation de milliers d'hectares de forêt entraînerait la prospérité économique de la petite communauté - mais à quel prix pour son mode de vie traditionnel?
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Le conflit entre les valeurs économiques
et culturelles de la forêt
Les quelque 2 500 membres de la nation crie de
Little Red River vivent dans trois réserves distinctes
de la région de Lower Peace River du centre-nord
de l'Alberta. En vertu du Traité no
8 (1899), les membres de la bande jouissent du droit
de chasser, de piéger et de pêcher à
l'année sur les terres publiques inoccupées.
Environ 75 pour cent des résidents de la nation
crie de Little Red River sont âgés de moins
de 30 ans – on s'attend à ce que ce pourcentage
augmente considérablement au cours des prochaines
années. Environ 85 pour cent de la main-d'oeuvre
est sans emploi et 70 pour cent de tous les membres
de la communauté reçoivent de l'aide sociale.
Rares sont les occasions d'emplois salariés.
Si on ajoute à cela le prix élevé
des aliments commerciaux, il est facile de comprendre
pourquoi la dépendance envers les boisés
traditionnels est essentielle à la durabilité
économique, sociale et culturelle de la communauté.
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Les scientifiques du Réseau de gestion durable des forêts (GDF) ont
offert leur aide. Ils ont fait équipe avec les chefs de bande pour
élaborer des règles de base qui protégeraient les valeurs de leur
communauté. L'équipe de recherche du Réseau de GFD, dirigée par David
Natcher et Cliff Hickey s'est inspirée de son objectif de " se
doter de critères et d'indicateurs pour les Peuples autochtones et
leur développement social ".
La nation crie de Little Red River a collaboré avec les gouvernements fédéral et provincial pendant plus d'une décennie afin de faire reconnaître l'importance de ses droits constitutionnels à l'égard des terres et des ressources, et de veiller à leur protection. Mais l'autonomie économique n'est pas l'unique priorité de la bande. De nombreux membres de la communauté, spécialement les aînés, estiment que la coupe commerciale du bois va à l'encontre des valeurs et des intérêts à long terme du mode de vie traditionnel des Premières nations.
" Cette question concerne tout particulièrement les aînés,
mais la nouvelle génération est de plus en plus préoccupée par la
préservation du mode de vie traditionnel de la nation crie "
souligne D. Natcher, professeur adjoint à l'Université de l'Alaska.
" De plus, dans la plupart des cas, nous observons que la nouvelle
et l'ancienne génération reconnaissent l'importance du développement
économique. "
Afin d'aider à concilier les deux valeurs, le Réseau de GDF est
intervenu au moyen de sa 21eétude réalisée pour la nation
crie de Little Red River depuis la conclusion d'un partenariat en
1995. Les travailleurs communautaires et les chercheurs de la communauté
ont interviewé des membres de la communauté, ils ont documenté l'utilisation
de la forêt et ont pris note des recommandations visant à modifier
les opérations forestières commerciales.
Nouvelles règles de base
Cet effort concerté a abouti à la création de six nouvelles règles
de base :
- Modifier les opérations de gestion afin d'atténuer les impacts
sur la faune.
- Modifier les opérations forestières afin de favoriser l'accès
de la communauté aux terres et aux ressources.
- Protéger les zones reconnues importantes sur les plans biologique,
culturel ou historique par les membres de la communauté.
- Reconnaître et protéger les droits ancestraux et issus de traités
en matière de chasse, de pêche, de piégeage et de cueillette.
- Multiplier les occasions économiques à vocation forestière pour
les membres de la communauté.
- Accroître la participation des membres de la communauté au processus
décisionnel.
Des mesures précises pour chacune de ces règles de base aideront
à déterminer si elles sont respectées. " Nous reconnaissons
la valeur de ces efforts concertés " mentionne Johnsen Sewepagaham,
chef de la nation crie de Little Red River. " Les nouveaux
critères et indicateurs permettent d'offrir une vision du changement,
de formuler des recommandations claires et de trouver des moyens
d'aider notre peuple à atteindre la durabilité sur les plans culturel
et économique ".
C. Hickey appuie cette idée. " Les dirigeants communautaires et
les planificateurs forestiers savent désormais dès le départ ce
qu'ils doivent faire. Tous les intervenants peuvent constater eux-mêmes
sur place que les plans auxquels ils ont collaboré fonctionnent
efficacement. "
D. Natcher et C. Hickey soulignent que, même si ces règles de base
ne sont pas parfaites, à un niveau fondamental, elles favorisent
cependant la transparence du processus décisionnel, ce qui contribue
à la responsabilisation et permet une évaluation constante qui permet
d'épouser le changement - soit humain ou naturel.
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