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Le suivi oculaire : un outil prometteur pour le dépistage de l’ETCAF chez les enfants

L’étudiante diplômée de la Queen’s University et stagiaire du programme Accélération de Mitacs, Carmela Paolozza, utilise la technologie de suivi oculaire EyeLink de SR Research pour tester un jeune enfant. (Photo par Katelyn Verstraten)

Deux découvertes révolutionnaires faites par des chercheurs financés par le réseau NeuroDevNet pourraient contribuer à l’élaboration d’un outil qui permettrait de dépister à moindre coût et plus rapidement l’ensemble des troubles causés par l’alcoolisation fœtale (ETCAF) chez les jeunes enfants et même chez les bébés.

L’exposition prénatale à l’alcool est considérée comme la cause connue la plus courante des troubles du développement dans le monde occidental. La bonne nouvelle est qu’un diagnostic et une intervention précoces peuvent réduire les risques d’échec scolaire, de démêlés avec la justice, d’éclatement familial et d’itinérance. Malheureusement, il est souvent difficile d’en reconnaître les signes médicaux chez les nouveau‑nés, les bébés et les jeunes enfants.

Mais tout ça pourrait changer en raison d’un partenariat qui a été établi entre la Queen’s University et une entreprise d’Ottawa, SR Research Ltd., qui visait à faire la démonstration de la technologie et à produire les preuves rigoureuses requises pour contribuer à la commercialisation d’un outil de dépistage.

Pour la première fois au monde, l’équipe de la Queen’s University a montré que les enfants exposés à l’alcool avant leur naissance maîtrisent moins bien les mouvements oculaires que les enfants qui ont un développement normal. L’équipement utilisé pour le projet a été fourni par SR Research, l’entreprise qui a créé le matériel de suivi oculaire de renommée mondiale qui a les meilleures spécifications techniques disponibles.

Dans une autre étude, les chercheurs ont créé des outils d’analyse qui permettaient d’utiliser la technologie de SR Research comme outil de dépistage à faible coût pour repérer les enfants atteints de l’ETCAF et d’autres troubles neurologiques et psychiatriques tels que le trouble de l’hyperactivité avec déficit de l’attention, la maladie de Parkinson et l’autisme.

Les tests de dépistage actuels s’étendent parfois sur de nombreux mois, ce qui impose un grand stress aux familles. En outre, ils sont coûteux, nécessitent une formation spécialisée et ne sont pas offerts partout au Canada.

« Si nous pouvions dépister ces traumatismes cérébraux plus rapidement, nous pourrions réduire les coûts pour le système de soins de santé, ainsi que le nombre d’années de frustration dans la vie des patients », a déclaré William Schmidt, directeur des ventes chez SR Research.

Des centaines d’enfants des quatre coins du Canada ont participé aux études. Les données qui en sont issues constituent les preuves cliniques de base requises pour démontrer que cette technologie peut être un outil puissant et sensible qui permet d’évaluer le fonctionnement ou le dysfonctionnement du cerveau chez différentes populations cliniques. Les chercheurs espèrent que la technologie sera un jour considérée comme un outil clinique qui complète les tests d’évaluation psychologique actuels.

« Nos travaux contribuent à combler les lacunes dans les connaissances requises pour assurer l’approbation réglementaire et la commercialisation », a expliqué James Reynolds, chercheur et chef de projet à la Queen’s University.

L’oculomètre EyeLink 1000 Plus de SR Research a été essentiel au projet, a ajouté M. Reynolds. « Il s’agit d’une technologie d’avant‑garde qui nous a permis d’améliorer considérablement la qualité des données que nous générons et notre capacité de travailler avec de jeunes enfants. Nous pouvons désormais obtenir des données extraordinaires sur des bébés aussi jeunes que 12 mois et peut‑être même plus jeunes encore. »

M. Reynolds utilise aussi cette technologie dans le cadre d’un projet réalisé avec la Children’s Aid Society of Toronto pour étudier le développement du cerveau chez les enfants qui sont placés en famille d’accueil.

« Un grand nombre de ces enfants sont à risque parce qu’ils ont été exposés à divers types de trauma, a précisé M. Reynolds. En montrant que leur cerveau ne se développe pas normalement comme le cerveau d’un enfant de cet âge en santé, vous pouvez déclencher la prise des mesures nécessaires pour stimuler le développement du cerveau afin qu’il rattrape son retard. »

La recherche a montré que le dépistage et les interventions précoces, par exemple celles qui mettent l’accent sur les aptitudes langagières et motrices, peuvent considérablement améliorer la qualité de vie d’un enfant. « C’est pendant la période de la naissance à l’âge de cinq ans que le cerveau est le plus réceptif à ce type de stimulation. Nous pensons que les enfants pourraient surmonter un grand nombre des difficultés précoces auxquelles ils sont confrontés », a poursuivi M. Reynolds.

La technologie EyeLink 1000 Plus comporte plusieurs avantages par rapport aux technologies concurrentes. Non seulement elle a le débit de données le plus rapide, la précision la plus grande et la résolution la plus élevée parmi les appareils de suivi oculaire, mais elle évite aussi aux jeunes enfants d’avoir à porter un appareil sur la tête, ce qui est souvent lourd et gênant. Enfin, elle peut être intégrée à une installation mobile qui permet de faire les tests dans les collectivités éloignées.

« Ces travaux donnent à ces enfants l’espoir de mener une vie plus épanouissante et pourraient représenter un nouveau débouché pour notre entreprise », a affirmé M. Schmidt. Selon les estimations présentées dans un rapport publié en décembre 2015 par Research and Markets, la valeur du marché mondial du suivi oculaire passera de 183,3 millions de dollars US en 2014 à plus de 1 milliard de dollars US en 2020, au fur et à mesure que la technologie sera utilisée à l’extérieur du milieu de la recherche.

En 2016, une clinique de diagnostic de la Colombie‑Britannique commencera à travailler avec l’équipe de M. Reynolds pour mettre à l’essai l’outil de dépistage en le comparant avec les tests actuellement utilisés pour dépister l’ETCAF chez les enfants.

« NeuroDevNet a été un partenaire formidable dans cette recherche, a mentionné M. Schmidt. Il sait qu’un tel produit doit s’appuyer sur des preuves empiriques rigoureuses pour obtenir l’approbation réglementaire et être commercialisé. Il veut non seulement que des travaux de recherche fondamentale soient réalisés, mais aussi que le résultat apporte des avantages concrets. »