Rseaux de centres d'excellence
Gouvernement du Canada

Liens de la barre de menu commune

La recherche canadienne sur les cellules souches donne lieu à une abondance de nouveaux essais cliniques

Dr. Mehran Anvari and the Image Guided Automated Robot (IGAR)

Des chercheurs du RCS travaillant à l’Institut de recherche en immunologie et en cancérologie de l’Université de Montréal ont découvert une nouvelle molécule qui permet d’accroître les greffes de cellule souche. (De gauche à droite) Jalila Chagraoui, Iman Farès et Guy Sauvageau (mention de source : IRIC).

Les patients canadiens sont sur le point d’être parmi les premiers au monde à bénéficier de thérapies sûres, de pointe et rigoureusement testées basées sur les cellules souches pour traiter le cancer, le diabète de type 1, les maladies du cœur, les accidents vasculaires cérébraux et de nombreuses maladies chroniques. Et ce, grâce à une initiative nationale s’étalant sur 14 ans visant à accélérer l’utilisation clinique des résultats de la recherche à un stade précoce et à faire du Canada le lieu de prédilection pour les essais cliniques.

Plusieurs années, voire des décennies, peuvent s’écouler avant qu’une découverte médicale ne passe du laboratoire au stade des essais cliniques. C’est pourquoi lorsque le Réseau des cellules souches (RCS) a été lancé en 2001, on espérait qu’au moins une thérapie prometteuse franchirait le cap des essais cliniques avant la fin prévue de son existence, en 2015, en tant que réseau de centres d’excellence (RCE).

Cet objectif s’est avéré beaucoup trop modeste, car on avait sous-estimé ce que pouvaient réaliser plus de 130 biologistes, cliniciens, bioingénieurs, juristes, éthiciens et spécialistes des sciences sociales provenant des universités et des hôpitaux et œuvrant de concert avec des collaborateurs du secteur public, de l’industrie et de l’étranger, pour faire passer les résultats des recherches les plus avant-gardistes du laboratoire au chevet du patient.

Aujourd’hui, dans plusieurs villes du Canada, on ne compte pas moins de 14 essais cliniques en cours, et 50 autres attendent d’être financés. Lorsque ces essais seront approuvés, les patients canadiens seront les premiers à bénéficier de ces nouveaux traitements révolutionnaires.

« Nous sommes arrivés à un tournant de la médecine régénératrice, où nous avons de nombreux essais cliniques qui sont fin prêts à être réalisés. C’est quelque chose dont nous pouvons tous être très fiers. C’est une étape charnière », déclare Michael Rudnicki qui s’est joint au RCS en tant que directeur scientifique en 2004.

L’ascension du Canada vers les sommets de la médecine régénératrice a débuté au début des années 1960 lorsque deux Canadiens (James Till et Ernest McCulloch) ont démontré l’existence des cellules souches. Ces travaux de recherche fondamentale ont permis la formation d’une génération de cliniciens et de scientifiques de calibre mondial, dont M. Rudnicki, qui dirige également le Programme de médecine régénératrice et le Centre de recherche sur les cellules souches Sprott à l’Institut de recherche de l’Hôpital d’Ottawa.

Les défis n’ont pas manqué : les chercheurs travaillant sur les cellules souches étaient isolés et n’avaient guère l’occasion de travailler en collaboration, surtout dans les domaines interdisciplinaires. La mise sur pied du RCS a transformé cette culture en soutenant une recherche qui favorisait la collaboration entre des experts talentueux et leurs stagiaires dans différents domaines, dont la bio-ingénierie, l’imagerie médicale, la bio-informatique, la chimie médicinale, la neurologie et l’éthique. L’objectif était de former une nouvelle génération de chercheurs (plus de 1 900 l’ont été à ce jour) et de traduire les découvertes fondamentales sur les cellules souches en applications cliniques, en produits commerciaux et en politiques publiques.

L’éthique sur la ligne de front

Pour la première fois dans un RCE, les questions éthiques, juridiques, sociales et en matière de politiques (QEJSP) ont été intégrées à chaque projet financé par le RCS.

« Dès les débuts du Réseau des cellules souches, il était manifeste que les QEJSP étaient très importantes, ce qui était inhabituel pour un réseau de recherche », explique Bartha Knoppers, chercheuse au RCS et directrice du Centre de génomique et politiques à l’Université McGill. « En règle générale, ces questions sont reléguées au second rang dans la recherche, et l’on ne s’y intéresse habituellement qu’au moment d’obtenir les autorisations requises pour passer rapidement aux travaux de recherche. »

La recherche sur les cellules souches à l’époque était confrontée à deux contraintes importantes : les préoccupations éthiques et le flou juridique entourant l’utilisation des cellules souches embryonnaires dans la recherche. Et comme le souligne M. Rudnicki, à un moment donné le Canada a bien failli « interdire toute recherche sur les cellules souches ».

Pour remédier à ce vide juridique, le RCS a embauché des chercheurs, des juristes, des éthiciens et des décideurs dès le début afin qu’ils recueillent des preuves et formulent des recommandations crédibles, basées sur des faits scientifiques. Le RCS a organisé des présentations sur la Colline du Parlement, il a présenté des témoignages d’experts aux comités permanents de la Chambre des communes et du Sénat et il a participé à plus de 300 entrevues avec les médias. Grâce à ces efforts, le Canada a pu se doter d’un cadre réglementaire et législatif cohérent, propre à favoriser le développement de la recherche sur les cellules souches et des thérapies qui en découlent.

À peu près à la même époque, les chercheurs ont trouvé d’autres utilisations viables des cellules souches embryonnaires. La plus remarquable a été la découverte par une équipe de chercheurs japonais que les cellules souches pluripotentes induites – c’est‑à‑dire produites directement à partir des cellules adultes – peuvent être utilisées pour traiter les patients. Cette percée leur a permis de partager le prix Nobel de médecine en 2012.

Cependant, comme le souligne Mme Knoppers, d’importants défis demeurent au chapitre des QEJSP, notamment le « tourisme médical axé sur les thérapies à bases de cellules souches » – qui représente un créneau petit mais croissant du très lucratif tourisme médical. Des patients, désespérés de trouver un remède ou une thérapie, sont prêts à payer des dizaines de milliers de dollars pour des protocoles de soins expérimentaux qui n’offrent aucune promesse de succès, ou qui présentent de graves risques d’échec.

« Ce type de tourisme doit assurément être balisé. Les traitements offerts sont souvent non réglementés et non éprouvés », ajoute‑t‑elle. « Nous devons nous assurer de l’innocuité et de la qualité des protocoles de soins lorsque la recherche aboutit à de nouvelles thérapies. Il est essentiel de ne pas perdre la confiance du public que nous avons si durement gagnée. »

Les travaux sur les QEJSP dans le cadre du RCS continuent d’ouvrir de nouvelles avenues pour la recherche sur les cellules souches et la médecine régénératrice. Ce domaine englobe la recherche proprement dite sur les cellules souches, le génie tissulaire et la thérapie génique. En 2013, la Société canadienne du sang a lancé la première banque publique nationale de sang de cordon ombilical, en se fondant en partie sur une recommandation formulée par les chercheurs et les éthiciens du RCS. Cette banque a commencé à recevoir ses premiers dons à Ottawa en septembre 2013, et le service a été élargi à des hôpitaux de Brampton, d’Edmonton et de Vancouver en 2014.

Le leadership du Canada dans ce domaine est reconnu à l’échelle internationale. Par exemple, les Instituts de recherche en santé du Canada et les chercheurs du RCS ont dirigé la mise en place du Groupe de travail sur l’éthique du Forum international sur les cellules souches. Présidé par Mme Knoppers et hébergé par l’Université McGill, le Groupe de travail aide les pays membres à entreprendre des recherches sur les cellules souches dans un cadre éthique transparent, et il offre à cette fin des cours de formation.

Du laboratoire au chevet du patient

Un certain nombre d’essais cliniques sont déjà en cours au Canada. À Ottawa et à Montréal, les chercheurs combinent la thérapie génique et cellulaire pour stimuler la réparation cardiaque et guérir le tissu cicatriciel afin d’améliorer la fonction cardiaque (Duncan Stewart et Quoc Hung Ly). Dans le cadre d’un autre essai clinique, qui a récemment reçu le feu vert de Santé Canada, des chercheurs d’Ottawa utiliseront la greffe de moelle osseuse afin de mieux combattre les infections post-transplantation chez les patients (Duncan Stewart et David Courtman).

Le Canada joue également un rôle de premier plan dans un essai clinique nord-américain portant sur les injections de cellules souches pour guérir les lésions de la moelle épinière (Michael Fehlings). Par ailleurs, dans le cadre d’un essai clinique mené à Edmonton, on cherche à déterminer s’il est efficace de remplacer les injections d’insuline par des implants de cellules souches en recourant au protocole d’Edmonton pour la transplantation d’îlots pancréatiques (James Shapiro et Gregory Korbutt). Entre-temps, dans un essai clinique multicentrique auquel participent des patients de Toronto, de Québec et de Vancouver, on teste une technique visant à accroître le nombre de cellules souches qui peuvent être générées à partir d’une seule unité de sang de cordon, ce qui permettrait de remédier à la pénurie de donneurs de moelle osseuse et offrirait plus d’espoir aux patients atteints de leucémie et d’autres cancers hématologiques (Guy Sauvageau).

Parmi les autres succès scientifiques du RCS, mentionnons le développement de l’inhibiteur de STAT3 qui peut réellement tuer les cellules cancéreuses dans différents types de cancer (Patrick Gunning); la découverte d’un « facteur déclencheur » qui transforme les cellules souches musculaires en « bonne » graisse brune permettant de combattre l’obésité (laboratoire de M. Rudnicki), ainsi que les succès obtenus dans l’utilisation de cellules dérivées de cellules souches embryonnaires humaines pour inverser le diabète de type 1 chez la souris (Tim Kieffer).

« Nous avons formé un milieu de recherche là où il n’en existait pas auparavant, et même si ces projets avaient pu voir le jour, cela ne se serait pas produit aussi rapidement », ajoute M. Rudnicki.

Maintenir l’élan

Les projets les plus prometteurs du RCS en termes commerciaux, y compris les réussites du Dr Sauvageau dans ses essais en vue d’accroître grandement le nombre de cellules souches du sang générées à partir d’une seule unité de sang de cordon, sont développés en vue de leur mise en marché par le Centre pour la commercialisation de la médecine régénératrice (CCMR). Issu des travaux du RCS et mis sur pied initialement sous forme d’un centre d’excellence en commercialisation et en recherche (CECR) en 2011, le CCMR s’est donné pour objectif de surmonter deux obstacles importants à la mise en marché de la médecine régénératrice : une pénurie de capitaux à un stade précoce de la recherche, et l’accès à une infrastructure de recherche centralisée.

« Au moment de son lancement, le CCMR était en position de force grâce au soutien donné par le Réseau de cellules souches et le centre MaRS Innovation [un autre CECR]. Il obtiendra un véritable succès en collaborant et en exploitant les atouts respectifs de ses partenaires, afin de transformer les découvertes faites en médecine régénératrice en produits et en traitements », a déclaré Michael May, président et chef de la direction du CCMR.

Le Réseau de médecine régénératrice et de thérapie cellulaire (CellCAN), un réseau de mobilisation des connaissances des RCE issu des travaux du RCS, s’attache à rationaliser les processus et à partager les connaissances entre les sept installations qui produisent des thérapies cellulaires au Canada, toutes dirigées par des chercheurs du RCS. Ces installations offrent la capacité de mener de 50 à 75 nouveaux essais cliniques à base de cellules souches au cours des cinq prochaines années.

« Nous avons forgé une communauté importante qui possède une force stratégique à l’échelle internationale, et nos recherches ont ouvert la voie menant aux essais cliniques. Les deux réseaux – le CCMR et CellCAN – sont des fleurons du RCS », déclare M. Rudnicki.

Par ailleurs, le RCS a créé et financé la Fondation canadienne des cellules souches, un partenariat public-privé de chercheurs, de médecins, d’organismes de bienfaisance dans le domaine de la santé, de chefs d’entreprise et de philanthropes, qui a pour mission de recueillir des fonds pour la recherche sur les cellules souches et les essais cliniques. En novembre 2014, la Fondation a publié un plan d’action et une stratégie sur 10 ans qui permettront au Canada de devenir un pôle d’attraction pour la réalisation d’un plus grand nombre d’essais cliniques de haute qualité.

« Cette année marque la fin du Réseau des cellules souches, mais notre travail en tant que communauté de chercheurs est loin d’être terminé. Nous avons joué un rôle vital dans la création d’une masse critique de chercheurs et de groupes cliniques de calibre mondial qui sont prêts à favoriser le passage des découvertes canadiennes aux essais cliniques. Nous ne pouvons pas nous permettre de perdre cet élan », a ajouté M. Rudnicki.