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3 500 enfants pourraient changer la façon dont le Canada lutte contre les maladies chroniques

Si les données recueillies dans le cadre d’une étude à laquelle seulement 24 enfants ont participé peuvent aider les scientifiques à découvrir que l’accouchement par césarienne et l’allaitement artificiel sont susceptibles de priver les bébés de la protection des bactéries intestinales nécessaires à leur santé tout au long de leur vie, imaginez un peu ce que permettra de découvrir le grand éventail de données sur la santé recueillies dans le cadre de l’étude intitulée Canadian Healthy Infant Longitudinal Development (CHILD) à laquelle participent quelque 3 500 enfants. Selon les scientifiques, les résultats de l’étude CHILD influeront sur tout, des politiques en matière de santé aux codes du bâtiment en passant par les décisions des parents, et ce, pour des dizaines d’années à venir.

Ainsi, 3 500 enfants, 3 500 mères et 2 600 pères, à Vancouver, à Edmonton, à Toronto et dans plusieurs collectivités au Manitoba, participent à cette étude nationale, qui porte sur une cohorte de naissances et qui est financée en partie par le Réseau des allergies, des gènes et de l’environnement (AllerGen), réseau de centres d’excellence.

« Il n’y a aucune étude de ce genre dans le monde à laquelle autant d’enfants et de membres de leur famille participent et qui examine un si grand nombre d’interactions entre l’environnement et les gènes, comme l’alimentation, le stress, les polluants atmosphériques et les produits chimiques dans la maison, et ce, de la conception au début de l’enfance en passant par la naissance », affirme Judah Denburg, directeur scientifique d’AllerGen.

Lancée en 2008 avec un financement de 12 millions de dollars accordé par AllerGen et les Instituts de recherche en santé du Canada (IRSC), l’étude CHILD examine comment l’environnement d’un enfant, pendant la grossesse et au cours des premières années de sa vie, peut influer sur la génétique pour augmenter ou réduire le risque de développer des allergies, de l’asthme, le diabète de type 2 et d’autres maladies chroniques.
« Je pense que cette étude changera fondamentalement notre compréhension de plusieurs maladies infantiles. Il y a 10 p. 100 des enfants qui présentent une respiration sifflante et un pourcentage encore plus élevé d’enfants qui ont une dermatite atopique ou de l’eczéma. En savoir plus sur les causes nous permettra de déterminer la meilleure intervention pour protéger les enfants », précise Stuart Turvey, qui dirige le site de l’étude CHILD à Vancouver et qui étudie l’incidence du « stress dans la vie » de la mère sur le développement sain de l’enfant.

Dans le cadre de l’étude CHILD, les chercheurs ont déjà recueilli une multitude de données et continueront d’en recueillir, y compris des données détaillées sur l’alimentation, le contexte socioéconomique, la qualité de l’air à l’intérieur et à l’extérieur et les particules de poussière domestique. Ils ont également recueilli des échantillons biologiques tels que le lait maternel, le sang, l’urine, les matières fécales et les sécrétions nasales. En 2018, plus de 500 000 questionnaires et 600 000 échantillons biologiques auront été recueillis et seront à la disposition des chercheurs pendant plusieurs dizaines d’années.

Parmi les partenaires de l’étude CHILD, mentionnons Environnement Canada, qui y participe afin de mieux comprendre l’incidence de la pollution imputable à la circulation routière, et Santé Canada, qui analyse des échantillons d’urine pour mesurer les concentrations de phtalates, substances chimiques présentes dans les plastiques souples. Selon la Société canadienne d’hypothèques et de logement, les résultats de l’étude CHILD pourraient influer sur les futures normes de construction et de conception.

Malcolm Sears, directeur et chercheur principal de l’étude CHILD, décrit celle‑ci comme « la pièce maîtresse du réseau AllerGen ». « Grâce à AllerGen, nous avons réussi à réunir le noyau initial de l’étude CHILD, qui est composé d’environ 40 chercheurs de quelque 30 disciplines, dont les sciences de l’environnement, l’épidémiologie, la génétique, la pédiatrie psychosociale, la néonatologie, l’immunologie, la physiologie et les maladies infectieuses. Il faut une approche multidisciplinaire pour comprendre les causes sous‑jacentes du développement des allergies et de l’asthme », affirme celui qui a dirigé la composante portant sur l’asthme et les allergies d’une étude de cohorte de naissances longitudinale (Dunedin) qui a commencé il y a 40 ans, en Nouvelle‑Zélande.

Accouchement par voie naturelle ou par césarienne

L’étude CHILD, même à un stade qui est considéré comme peu avancé pour une étude longitudinale (les enfants les plus âgés qui y participent ont maintenant cinq ans et les plus jeunes, environ un an), a fait les manchettes internationales en 2013 lorsque des chercheurs à la University of Alberta ont constaté que les bébés nés par césarienne – contrairement à ceux nés par voie naturelle – présentaient un déficit d’un type spécifique de bactéries appelées Bacteroidetes. L’analyse des échantillons de matières fécales prélevés chez les bébés de quatre mois au site du Manitoba a également révélé que les bébés qui avaient été uniquement allaités artificiellement avaient une flore bactérienne différente de celles des bébés qui avaient été exclusivement ou partiellement nourris au sein.

Selon ces chercheurs, qui ont publié un article dans le Journal de l’Association médicale canadienne, « il ne faut pas sous‑estimer les conséquences potentielles à long terme des décisions concernant le mode d’accouchement et d’alimentation des bébés. Les enfants nés par césarienne ont un risque accru de souffrir d’asthme, d’obésité et du diabète de type 1, quoique l’allaitement au sein les protège de façon variable contre ces troubles, entre autres » [traduction libre].

Anita Kozyrskyj, chercheuse principale et épidémiologiste, a depuis confirmé ces premiers résultats en utilisant des échantillons de 200 autres bébés au site du Manitoba. Elle a également constaté que les enfants nés par césarienne d’urgence sont les plus déficients en Bacteroidetes à l’âge de trois mois par rapport à ceux qui sont nés par voie naturelle ou par césarienne de convenance. Cependant, on n’observait plus ce déficit dans la flore intestinale des bébés âgés d’un an nés par césarienne de convenance et allaités au sein pendant plus de six mois. Les chercheurs procèdent maintenant à l’analyse des données sur 500 enfants aux sites d’Edmonton et de Vancouver pour vérifier si ceux‑ci présentent une respiration sifflante ou développent des allergies.

Mme Kozyrskyj affirme que ces travaux n’auraient jamais pu être réalisés si elle n’avait pas rencontré James Scott, expert en microbiologie et en séquençage de l’ADN à la University of Toronto, en 2006, lors d’une réunion du réseau AllerGen. Leur discussion avait donné lieu à la présentation, aux IRSC, d’une demande de subvention d’équipe de 2,5 millions de dollars qui a été appuyée deux ans plus tard dans le cadre de l’Initiative canadienne du microbiome. (Le microbiome est un ensemble de billions de microbes, c’est‑à‑dire des bactéries, des virus et d’autres organismes microscopiques qui vivent sur et dans le corps humain.)

« Je suis épidémiologiste. Je ne possédais pas la formation en microbiologie nécessaire pour établir les profils génétiques des échantillons au moyen des techniques de séquençage des gènes à haut débit, mais James était en mesure de le faire. Nous avons ensuite utilisé des échantillons provenant du site de Winnipeg de l’étude CHILD pour rassembler les données pilotes dont nous avions besoin pour les appliquer au microbiome. Parmi les candidats qui avaient présenté une demande de subvention dans le concours, nous n’étions pas considérés comme des chefs de file du domaine, mais nous en sommes devenus grâce aux compétences de notre équipe et à l’accès dont nous disposions aux données et aux échantillons de l’étude CHILD », précise Mme Kozyrskyj.

Une autre équipe qui travaille sur le microbiome et qui est financée par les IRSC, dirigée par Brett Finlay, de la University of British Columbia, utilise les données et les échantillons de l’étude CHILD pour examiner l’hypothèse de l’hygiène, selon laquelle le désir d’être ultrapropre rendrait les enfants vulnérables aux maladies auto-immunes telles que l’asthme et l’eczéma.

Dr Denburg précise que plusieurs études qui sont entreprises dans le cadre d’autres projets s’appuieront sur les données de l’étude CHILD. L’une d’elles examinera la façon dont l’alimentation en début de vie peut influer sur les risques de maladies chroniques comme l’obésité et le diabète de type 2.

« [L’étude CHILD] était axée initialement sur les allergies et l’asthme. Or, si elle se poursuit – et je crois fermement qu’elle le devrait –, elle pourrait servir de plateforme pour l’étude de nombreuses maladies inflammatoires chroniques et non transmissibles telles que l’obésité, le diabète de type 2, l’asthme, le cancer et les maladies cardiovasculaires, que l’Organisation mondiale de la Santé qualifie de fléaux mondiaux », affirme Dr Denburg.

De nombreuses études de cohorte de naissances suivent les enfants jusqu’à l’âge adulte. M. Sears affirme que l’étude CHILD nécessitera un financement durable au‑delà de 2019, soit l’année à laquelle le financement d’AllerGen prendra fin : « Si nous pouvions poursuivre cette étude et lui assurer un bon appui financier au moyen d’un financement de base et de subventions individuelles, elle deviendrait une plateforme permanente pour les idées, les découvertes, les traitements, les diagnostics, les politiques publiques, les lignes directrices et la prévention. Elle pourrait être l’un des plus grands héritages du Canada. »

« Comme l’avait mentionné l’épidémiologiste canadien Clyde Hertzman (maintenant décédé) au sujet du “conditionnement biologique” de nombreux facteurs de santé et de maladie, “en début de vie, il y a une interaction entre l’environnement et les gènes.” L’étude CHILD est unique en ce qu’elle a été conçue pour nous permettre de comprendre, maintenant et dans les générations à venir, la complexité des facteurs et des trajectoires de vie qui serviront de base aux prescriptions en matière de santé individuelle et de santé de la population et de prévention des maladies », affirme Dr Denburg.